2019

Mohcine Belabbas, secrétaire général du RCD, le 1er juin à Alger. © Louiza Ammi pour JA

Le secrétaire général du RCD, Mohcine Belabbas, dénonce la mainmise du chef d’état-major de l’armée sur la vie politique. Et détaille sa feuille de route pour une transition démocratique pacifique.

À la tête du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), l’un des principaux partis d’opposition en Algérie, Mohcine Belabbas n’est pas tendre avec le chef d’état-major de l’armée – et nouvel homme fort du pays depuis la démission d’Abdelaziz Bouteflika – , qu’il a appelé à prendre sa retraite. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il évoque le mouvement de contestation populaire, la présidentielle annulée du 4 juillet, ainsi que les principaux points de sa feuille de route pour la transition.

Jeune Afrique : Plus de trois mois après le début du mouvement de contestation populaire, quel bilan en tirez-vous ?

Mohcine Belabbas : Le mouvement est parvenu à faire tomber le régime d’Abdelaziz Bouteflika. La revendication principale, le changement de système politique, n’a en revanche pas encore été satisfaite. Il faut reconnaître cependant que le mouvement a libéré les initiatives et souligné l’intérêt grandissant de notre jeunesse pour la chose publique. On le voit à travers diverses activités organisées partout sur le territoire. Les jeunes produisent désormais un discours politique.

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Agathon Rwasa, le leader du Congrès national pour la liberté (CNL), à son retour au Burundi en 2008 après vingt ans d'exil. © ERIC MANIRAKIZA/AP/SIPA

Dans un rapport publié le 12 juin, l'ONG Human Rights Watch s'alarme des violences perpétrées à l'encontre des membres du parti d'opposition d'Agathon Rwasa, le Congrès national pour la liberté (CNL). Alors que le dialogue sous l'égide de l'EAC n'a pas permis une sortie de crise en plusieurs années de médiation, le Conseil de sécurité de l'ONU doit aborder la question le 14 juin.

« Les autorités du Burundi et des jeunes affiliés au parti au pouvoir ont battu, arrêté arbitrairement, fait disparaître et tué des dizaines d’opposants politiques réels ou supposés », assène d’entrée le rapport de Human Rights Watch. Pour l’ONG, ce cycle de violence s’inscrit dans la continuité de la campagne d’intimidation qui avait précédé le référendum constitutionnel du 17 mai et que HRW avait déjà dénoncé. « Les abus semblent avoir augmenté depuis l’accréditation d’un nouveau parti d’opposition en février », poursuit le rapport qui attribue notamment ces violences aux autorités locales et aux Imbonerakure, ligue des jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, et accusé par l’ONU de lui servir de « milice ».

Agathon Rwasa, le principal opposant de Pierre Nkurunziza encore dans le pays, a obtenu, le 14 février, l’agrément de son nouveau parti par le ministère de l’Intérieur burundais, après plusieurs mois de bras de fer. Le Congrès national pour la liberté (CNL), sa nouvelle formation, vient remplacer Amizero y’Abarundi, interdite par la nouvelle Constitution qui proscrit les coalitions d’indépendants.

Un « rapport biaisé »

Human Rights Watch explique avoir mené au cours des quatre derniers mois des entretiens téléphoniques avec 33 victimes, proches de victimes et témoins, dans les provinces de Bubanza, Cibitoke, Gitega, Karuzi, Kirundo, Muramvya, Muyinga, Ngozi et Rumonge, ainsi qu’à Bujumbura. Ses chercheurs ont également échangé avec 30 réfugiés ayant quitté le Burundi suite au référendum de mai 2018.

Selon le rapport, « au moins 24 membres du CNL réels ou supposés » ont été arrêtés depuis l’enregistrement du parti. Contacté, la présidence a contesté les propos tenus dans le rapport. Le porte-parole de la présidence, Jean-Claude Ndenzako Karerwa, accuse l’ONG de ne dire « du bien que de ceux qui la sponsorisent » et dénonce un « rapport biaisé ».

Dialogue au point mort

Le rapport intervient alors que le Conseil de sécurité de l’ONU est censé aborder la question de la situation au Burundi le vendredi 14 juin. Le briefing de l’envoyé spécial onusien au Burundi, Michel Kafando, initialement prévu le 28 mai, avait finalement été reporté à la dernière minute. Cette réunion de l’ONU s’inscrit également dans un contexte d’une médiation au point mort, initiée par l’East African Community (EAC) en 2015, après la crise et les violences électorales. Le facilitateur Benjamin Mkapa a renoncé en novembre à poursuivre sa mission après un ultime round de discussions boycotté par les autorités.

À un an de l’élection présidentielle, prévue pour 2020, l’EAC a néanmoins décidé, lors du dernier sommet du bloc régional en février, de garder la main sur la médiation. Le président ougandais Yoweri Museveni, le tanzanien John Magufuli et le kényan Uhuru Kenyatta ont été désignés pour continuer les consultations avec le président Pierre Nkurunziza et tenter de relancer le dialogue.

Agathon Rwasa n’a pas dit s’il se présenterait au scrutin de l’an prochain. Pierre Nkurunziza, lui, bien qu’autorisé par la nouvelle Constitution à briguer deux nouveaux mandats à partir de 2020, a promis, le jour de la promulgation de la Constitution, de ne pas se représenter.


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Boubou Cissé, le premier ministre malien (au centre), prie sur les tombes des victimes de la tuerie de Sobane, lors d'une visite sur place le 11 juin 2019. © DR / Primature du Mali

Un nouveau bilan a été dressé de la tuerie de dimanche dans un village dogon du cercle de Sangha, dans le centre du Mali. Initialement estimé à une centaine de décès, il s'établit cependant à 35 morts, dont 24 enfants, selon le gouvernement. Six personnes ont par ailleurs été interpellées.

Le gouvernement avait annoncé lundi un « bilan provisoire » de 95 morts et 19 disparus, à la suite d’une mission dans le village de Sobane Da, de militaires du poste de Diankabou, à 17 km, accompagnés par le maire de la commune rurale de Sangha, dont dépend ce village majoritairement chrétien. Dès lundi soir, ce bilan initial avait été remis en question par le gouverneur de la région de Mopti, qui s’était rendu sur les lieux avec une équipe de la protection civile, et avait annoncé un bilan de « 11 adultes et 24 enfants » tués, tous inhumés le jour même. Il avait alors attribué l’écart entre les deux bilans à des extrapolations de villageois à partir du nombre de membres de chaque famille, en présumant que tous avaient péri.


>>> À LIRE – Mali : dans le cercle de Koro, ces « villages frères » peuls et dogons qui se font la guerre


35 personnes tuées, dont 24 enfants

À la suite d’une mission des enquêteurs sur les lieux mardi 11 juin, le même jour que le déplacement sur place du Premier ministre Boubou Cissé, « le nombre de personnes tuées a été ramené de 95 à 35 (11 adultes et 24 enfants) », a précisé le gouvernement dans son communiqué. « Ce nombre résulte d’un décompte minutieux effectué par une équipe constituée d’éléments de la protection civile, de médecins légistes, du procureur général de Mopti », selon le texte.

Par ailleurs, six personnes « ont été interpellées suite à des contrôles de routine », dont deux par la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), a indiqué le gouvernement, sans autre précision, affirmant par ailleurs avoir « mis en route une batterie de mesures pour poursuivre, arrêter et traduire devant les juridictions compétentes les auteurs de cet acte ignoble ».

Pour expliquer le bilan précédent de 95 morts, le gouvernement indique que le chef du village de Sobane « a témoigné que cela correspondait aux morts et disparus combinés. Il ressort des premières investigations menées sur le terrain qu’une centaine de femmes se seraient aussi réfugiées dans le village de Koundo ».

Le gouvernement exhorte les habitants « à ne pas tomber dans le piège de l’amalgame et de la vindicte », en allusion à de possibles représailles. Plusieurs habitants du village ont imputé l’attaque, qui n’a pas été revendiquée, à des Peuls venus de localités voisines et soupçonnés d’appartenir à des groupes jihadistes.

Ces victimes de l’horreur et de la barbarie nous rappellent la responsabilité qui nous incombe, en tant que dirigeants

« Toutes ces victimes de l’horreur et de la barbarie nous rappellent la responsabilité qui nous incombe, en tant que dirigeants, de renforcer et d’accélérer les efforts sécuritaires, économiques et politiques entrepris en faveur de la paix et de la réconciliation », a de son côté déclaré le Premier ministre en marge de sa visite à Sobane Da.

Dans un communiqué publié dans les heures ayant suivi l’annonce de l’attaque, lundi 10 juin, Mahamat Saleh Annadif, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies au Mali, avait insisté sur le fait que « ce drame nous rappelle également et malheureusement que dans cette spirale de la violence, il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Tout le monde est responsable ». Le représentant onusien, après avoir enjoint à « un sursaut national », avait par ailleurs assuré que « la Minusma prendra toute sa part de responsabilité ».

Evolution du nombre de personnes tuées dans la région de Mopti et des causes des décès, établi par L’intitut Armed Conflict Location & Event Data Project. t. © DR / ACLED / https://www.acleddata.com/2019/06/06/democracy-delayed-parliamentary-elections-and-insecurity-in-mali/


>>> À LIRE – Mali : accusé du pire, le chef de milice Youssouf Toloba ne désarme pas


Le président Ibrahim Boubacar Keïta avait de son côté pris la parole à la télévision nationale, lundi soir, pour dénoncer un « carnage » et appeler à des « retrouvailles » entre Maliens, « qui seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre. Car nous sommes en question de survie. »

Depuis l’apparition en 2015 dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé des « groupes d’autodéfense ». Ces violences ont culminé le 23 mars avec le massacre à Ogossagou, près de la frontière burkinabè, de quelque 160 villageois peuls, attribué à des chasseurs dogons.


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Gérard Larcher, le président du Sénat français. © Vincent FOURNIER/Jeune Afrique

La France accueille, du 13 au 15 juin, une réunion de représentants de sénats européens et africains. Alors que certains pays du continent créent des chambres hautes, mais que d'autres les suppriment, le président du Sénat français, Gérard Larcher (Les Républicains), défend l'intérêt de ces institutions.

Jeune Afrique : Vous accueillez, du 13 au 15 juin, la XXe réunion des Sénats d’Europe à laquelle, pour la première fois, sont conviés les dirigeants de chambres hautes africaines. Qui sera présent et de quoi allez-vous parler ?

Gérard Larcher : Notre association réunit les Sénats de pays européens, membres ou non de l’Union européenne. Les chambres russe, helvétique et de Bosnie-Herzégovine en font partie. Quant à cette idée d’inviter nos collègues africains, elle est partie de trois pays : la France, l’Allemagne et la Pologne. Ce qu’on appelle « le triangle de Weimar ». Nous avons eu beaucoup de discussions, entre Européens, sur la question migratoire et nous avons pensé qu’inviter les deuxièmes chambres africaines pouvait être utile.

Les membres de l’association à qui nous avons soumis l’idée ont été enthousiastes. Nous comptons sur la présence du Maroc, de l’Algérie, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, du Congo-Brazzaville, du Kenya et du Nigeria. Nous attendons encore la réponse de la Namibie, qui a été invitée par nos collègues allemands.

Vous évoquez les migrations, mais ce n’est sans doute pas le seul sujet prévu ?

Naturellement pas. Les défis qui se présentent à l’Afrique et qui nous concernent aussi sont nombreux. Éducation, protection de l’environnement… Les migrations sont un sujet parmi d’autres mais il est important : tous ces jeunes qui s’en vont, qui souvent sont des gens formés, vont manquer au continent. Mais nous allons aussi parler d’intégration régionale. Et bien sûr, de bicamérisme.

Nous avons eu beaucoup de discussions avec la Côte d’Ivoire pour définir ce qu’est une deuxième chambre, à quoi elle sert

Parler de bicamérisme, c’est-à-dire ?

Comme président du Sénat dans un pays où le bicamérisme est une tradition démocratique bien ancrée – les deux seules périodes où il n’y a pas eu de deuxième chambre en France, c’est la Terreur et 1848 – , je reçois beaucoup de questions concernant la création d’une chambre haute.

Pour prendre un exemple récent, nous avons eu beaucoup de discussions avec la Côte d’Ivoire pour définir ce qu’est une deuxième chambre, à quoi elle sert. L’idée n’est pas, pour la France, de donner de leçons de parlementarisme. Mais nous avons une vraie compétence, une ingénierie, qui peut intéresser un pays voulant créer une deuxième chambre. Nous avons joué ce rôle auprès du Maroc, de la Côte d’Ivoire… J’ai aussi eu l’occasion de dire au président malien et au président irakien, qui s’interrogent, que nous étions à leur disposition.


>>> À LIRE – La création du Sénat, une exception ivoirienne ou une tendance africaine ?


Eh bien justement, posons la question : à quoi sert un Sénat ?

C’est un triptyque : sagesse, territoires, stabilisation. En général les Sénats représentent les territoires, ils ont un rôle modérateur parce qu’ils sont moins directement soumis que les chambres basses aux questions de soutien ou d’opposition au gouvernement, et en général ils sont plus tournés vers l’avenir et la réflexion. En ce moment par exemple, la presse a tendance à me présenter comme l’alter ego du président de la République mais ce n’est pas le cas : le Sénat a soutenu un certain nombre de ses réformes, il n’y a pas de position pour ou contre a priori. Nous sommes des balanciers stabilisateurs. En Italie par exemple, le Sénat est la seule instance qui n’est pas dirigée, aujourd’hui, par un parti populiste. C’est très important.

L’argument de leur coût est fallacieux. En France, le budget du Sénat représente le millième du budget global de fonctionnement de la démocratie

La question de l’utilité des Sénats se pose tout de même, parfois, et certains pays les ont supprimés au prétexte qu’ils étaient, disait-on, chers et inutiles…

C’est vrai, l’existence des deuxièmes chambres fait souvent question, on se demande ce qu’elles apportent. Mais l’argument de leur coût est fallacieux. En France, le budget du Sénat représente le millième du budget global de fonctionnement de la démocratie.

La France semble tout de même s’interroger, puisque le projet de révision constitutionnelle attendu pour juillet prévoit de baisser le nombre de parlementaires.

Oui, et nous attendons la nouvelle version de ce texte car c’est un sujet important. Il y a toujours, au sein de l’exécutif, une volonté de contrôler les pouvoirs des assemblées. Je ne suis pas pessimiste, mais nous serons attentifs à ce que les droits du Parlement soient respectés et à ce que la représentation des territoires soit maintenue. Nous sommes une assemblée territoriale, et c’est le cas de beaucoup de deuxièmes chambres à travers le monde.

Au nom de l’efficacité, le gouvernement veut réduire le nombre de parlementaires, mais de notre côté nous veillerons à ce que chaque territoire ait au moins un député et un sénateur. Nous verrons bien ce que prévoit le projet, mais dans notre esprit le nombre de scalps qu’il faudra rendre ne doit pas être antagoniste avec cette exigence de représentativité. Et je le dis clairement : avec les 240 sénateurs que prévoyait la première version, il n’était plus possible de représenter tous les territoires.

 L’Afrique, ce n’est pas qu’une addition de crises

Cette question de la représentation territoriale est-elle transposable à l’Afrique ?

J’en suis convaincu ! Regardez le Mali : ne pensez-vous pas que s’il y avait là-bas une assemblée des territoires, on ferait l’économie des conflits Nord-Sud ? J’avais rédigé avec Jean-Pierre Chevènement, avant même le début de l’opération Serval, un rapport dans lequel nous écrivions que le nord du pays avait le sentiment de ne pas exister. Il faut des lieux de dialogue et un Sénat en est un. Je pourrais aussi vous parler du Sénégal, où je m’étais rendu lorsque j’étais jeune vétérinaire et où on voyait, déjà, les tensions entre agriculteurs et éleveurs nomades.

Dans certains pays, une partie des sénateurs sont désignés par le chef de l’État, ce qui suscite des critiques…

Mais cela a existé en France aussi ! Nous avons eu notre Chambre des pairs [créée en 1814, ndlr]. Aujourd’hui, bien sûr, ce serait inenvisageable chez nous mais il ne faut pas oublier d’où nous venons. Il faut regarder ce processus à l’aune du temps, tous les pays n’en sont pas au même stade en termes de construction de leur démocratie et de leur communauté nationale.

Tous mes homologues européens ont le sentiment que notre continent a une communauté de destin avec l’Afrique

Les autres dirigeants de Sénats européens partagent-ils votre intérêt et votre enthousiasme pour les questions africaines ?

C’est ça qui est intéressant dans la rencontre que nous organisons : les pays européens ont des relations et une histoire commune très diverses avec l’Afrique, et le dialogue passe souvent par quelques pays, comme la France, qui ont une proximité historique avec le continent. Lors de notre manifestation des 13 et 15 juin, nos collègues sont nombreux à vouloir organiser des réunions bilatérales avec les représentants africains. C’est d’ailleurs assez compliqué en termes d’agenda… Ce que je constate en tout cas c’est que tous mes homologues européens ont le sentiment que notre continent a une communauté de destin avec l’Afrique. Et qu’on a souvent une vision trop pessimiste : l’Afrique, ce n’est pas qu’une addition de crises.

Sur quoi peut déboucher une réunion comme celle que vous allez accueillir ?

Il y a dans l’air l’idée de créer une association des Sénats africains, qui bien sûr ne se substituerait pas à l’union interparlementaire. Plus immédiatement, il y a la volonté de renforcer les partenariats et de mieux se connaître. En cette période où on a parfois l’impression de vivre la fin du multilatéralisme, nous affirmons au contraire qu’il a un sens. Et puis il ne faut pas oublier que nous fêtons cette année le 75e anniversaire du Débarquement en Normandie. Je n’oublie pas le nombre d’Africains qui sont venus libérer la France. Quand je dis ça, je ne suis pas du tout dans la repentance. Mais je pense que nous sommes en dette.

Difficile de ne pas évoquer la politique française. Au lendemain des élections européennes vous avez appelé au départ du patron de votre parti, Laurent Wauquiez. Il a jeté l’éponge, que va-t-il se passer maintenant ?

D’abord je veux dire qu’il a pris ses responsabilités et que, dans un mouvement comme le nôtre qui est en partie issu du gaullisme, c’est une attitude que je respecte. Maintenant, la question c’est de savoir s’il y a un espace entre le président de la République et Mme Le Pen. Je souhaite que ce soit le cas, à droite comme à gauche. Méfions-nous, à quelques encablures des prochaines élections dans trois ans.


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Laurent Gbagbo, le 15 janvier 2019 à la CPI. © ICC-CPI

Acquittés, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ne sont pas tout à fait libres. Jusqu'aux conclusions finales des juges de la Cour pénale internationale (CPI), ils ne doivent pas s'éloigner trop loin du siège de la juridiction à La Haye (Pays-Bas).

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé se sont vu imposer des conditions en attendant que le procureur décide s’il fera appel ou non. Le parquet doit pour cela attendre les conclusions écrites des juges, qui pourraient ne pas être rendues avant septembre.

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Abiy Ahmed lors de son arrivée à Khartoum vendredi 7 mai, pour initier un processus de médiation entre l'armée et l'opposition soudanaise. © AP/SIPA

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a appelé vendredi à Khartoum à une transition démocratique « rapide » au Soudan, accentuant la pression internationale sur les militaires au pouvoir, après la violente répression du mouvement de contestation.

« L’armée, le peuple et les forces politiques doivent faire preuve de courage et de responsabilité en prenant des actions rapides vers une période de transition démocratique et consensuelle dans le pays », a déclaré Abiy Ahmed, dans un communiqué diffusé à l’issue de sa visite à Khartoum, vendredi.

Arrivé dans la matinée, le Premier ministre éthiopien a rencontré le chef du Conseil militaire au pouvoir, le général Abdel Fattah al-Burhane, et plusieurs chefs de la contestation. « L’armée doit protéger la sécurité du pays et de son peuple, et les forces politiques doivent réfléchir à l’avenir du pays », a-t-il affirmé.

L’Éthiopie et le Soudan partagent une longue frontière, et des analystes estiment que la stabilité de chaque côté est une préoccupation commune.

Négociations nationales suspendues depuis le 20 mai

La veille, l‘Union africaine (UA) avait suspendu le Soudan « jusqu’à l’établissement effectif d’une autorité civile de transition ». Les négociations entre les militaires et la contestation ont été suspendues le 20 mai, chaque camp refusant de céder à l’autre la direction de la transition post-Béchir, censée durer trois ans. L’ex-président a été renversé par l’armée le 11 avril, à la faveur d’un soulèvement populaire inédit déclenché en décembre. Après sa destitution, la contestation s’est poursuivie pour exiger le départ des militaires au pouvoir.


>>> À LIRE – Soudan : le bilan de la répression sanglante de la contestation s’alourdit


Lundi 3 juin, la dispersion brutale par les forces de sécurité d’un sit-in de manifestants qui se tenait depuis le 6 avril devant le siège de l’armée à Khartoum, qualifiée de « massacre » par la contestation, a installé un climat de peur dans la capitale soudanaise. Des médecins proches des manifestants ont dénombré 113 morts depuis le début de la répression, principalement à l’endroit du sit-in. Le gouvernement a démenti ces chiffres, évoquant un bilan de 61 tués. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a comptabilisé 784 personnes blessées dans des hôpitaux de Khartoum depuis la dispersion de lundi, précisant dans un communiqué que « le nombre réel (…) pourrait être plus élevé ».

Des rues désertes et une situation de « terreur »

Le Conseil militaire est « ouvert aux négociations » pour parvenir à une solution « à n’importe quel moment », a dit un responsable du ministère des Affaires étrangères, Hassan Ahmed, devant la presse. L’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, a également déclaré « accepter » cette médiation tout en opposant « plusieurs conditions » à un retour à la table des négociations.

Devant la presse, Omar al-Digeir, l’un des leaders de l’opposition, a réclamé la « reconnaissance » par le pouvoir des violences pendant l’évacuation du sit-in, l’établissement d’une « commission d’enquête internationale » et la « libération des personnes arrêtées ». Il a également exigé le respect des « libertés publiques », la fin du « blocage d’internet » et le « retrait » de la présence militaire à Khartoum et à travers le pays.

Comme depuis le début de la semaine, les rues de Khartoum étaient presque désertes vendredi, des habitants décrivant une situation de « terreur » avec la présence de paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), accusés d’être les principaux auteurs de la répression en cours depuis lundi.


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Omar Bongo Ondimba, le 9 décembre 2007 lors du sommet UE-Afrique à Lisbonne. © Paulo Duarte/AP/SIPA

Alors que Libreville se prépare à commémorer les dix ans de la mort d'Omar Bongo Ondimba, samedi 8 juin, retour sur les derniers jours de l'ancien président gabonais, pendant lesquels le pays est resté comme suspendu, entre rumeurs et luttes dans les coulisses du pouvoir.

Un halo de mystère entoure encore la fin de vie d’Omar Bongo Ondimba (OBO). Les jours périlleux pendant lesquels sa succession à la tête de l’État s’est jouée n’ont pas non plus livré tous leurs secrets. Le président avait vraisemblablement éprouvé un choc le 23 mars 2009 à l’inhumation de son épouse Edith Lucie, décédée quelques jours plus tôt à Rabat au Maroc.

La santé du président allant de mal en pis, décision est prise de l’évacuer vers un centre spécialisé dans le traitement du cancer. Mais quand l’avion médicalisé décolle de Libreville le 6 mai, il met le cap vers Barcelone en Espagne.

Mais pourquoi Barcelone ? Officieusement, OBO boudait la France : « La dernière année d’Omar avait été un festival d’attaques dans la presse française de droite, notamment le Figaro. Nos sources indiquaient que cela se faisait avec l’accord du président Sarkozy », confie un ancien du Palais. « Nous étions convaincus que le président ne serait pas en sécurité en France. »

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Le président gabonais Ali Bongo Ondimba au sommet Union africaine-Union européenne le 29 novembre 2017 à Abidjan, en Côte d'Ivoire. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

Le cabinet d'avocats Bryan Cave Leighton Paisner (BCLP) réclame plus de 1,25 million de dollars à la République gabonaise pour des frais de lobbying non payés, dans le cadre d'un contrat signé en janvier 2016 par l'ancien directeur de cabinet d'Ali Bongo Ondimba, Maixent Accrombessi.

L’affaire débute le 29 janvier 2016. À quelques mois d’une présidentielle qui s’organise dans un climat tendu, le gouvernement gabonais sollicite, par le biais de l’ancien tout-puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, Maixent Accrombessi, le cabinet d’avocats américains Bryan Cave Leighton Paisner (BCLP)  afin de « resserrer les liens diplomatiques » entre le Gabon et les États-Unis.

La mission que mène le cabinet américain consiste à « fournir des conseils en matière de relations gouvernementales afin de sensibiliser les membres du Congrès et les fonctionnaires de l’administration [américaine] aux préoccupations et aux enjeux de la République gabonaise dans divers domaines ». Le total des honoraires, précise le feuille de mission, relayée par le site américain Law, « se montent 1,38 million de dollars (1,26 million d’euros) et sont payables d’avance.

Assurant, en mars 2018, ne pas avoir perçu les frais dus par le gouvernement depuis le 26 mai 2016 – soit 1,261 million de dollars de dettes – , la firme américaine se tourne vers le Conseil d’arbitrage entre avocats et clients du District de Columbia (ACAB), le 31 juillet 2018.

Poursuites engagées

« En cas de litige concernant nos honoraires et autres frais, le différend sera réglé par voie d’arbitrage. L’arbitrage doit être entendu par le Conseil d’arbitrage entre avocats et clients du District de Columbia (D.C. Attorney Client Arbitration Board ou « ACAB ») », précise le contrat signé en janvier 2016 entre le cabinet BCLP et la présidence de la République gabonaise.

Après avoir accepté la demande d’arbitrage, l’ACAB a informé le cabinet et la présidence gabonaise de la sélection d’un panel pour une audience prévue le 3 avril 2019. À l’issue de cette audience, au cours de laquelle le Gabon était représenté par deux avocats, la Cour a enjoint la présidence à régler 1,25 million de dollars.

La somme n’ayant, selon le cabinet américain, pas été réglée en temps voulu, c’est-à-dire avant le 3 mai 2019, l’ACAB a informé la République gabonaise, par le biais d’un courrier daté du 29 mai et adressé au ministre des Affaires étrangères, Abdu Razzaq Guy Kambogo, que la firme BCLP avait engagé des poursuites pour aboutir à une « ordonnance de jugement » dans ce dossier.

Le gouvernement doit adresser une réponse « dans les soixante jours » suivant la citation adressée au chef de la diplomatie gabonaise. Sollicitée par Jeune Afrique, la présidence gabonaise n’a pas répondu à nos sollicitations.


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Mamadou Diop Decroix. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Fer de lance de la gauche sénégalaise, Mamadou Diop Decroix représente l’opposition dans le cadre du dialogue national qui s’est ouvert le 28 mai.

1. Soixante-huitard

Natif de la région de Thiès, ce militant maoïste fait ses études à Dakar, au lycée Lamine-Gueye, puis à l’université Cheikh-Anta-Diop. En mai 1968, il est l’un des fers de lance de la contestation étudiante qui fait vaciller le régime de Léopold Sedar Senghor, aux côtés de personnalités telles qu’Omar Blondin Diop ou Abdoulaye Bathily.

2. À la caserne !

Cet engagement lui vaut d’être exclu de l’université de Dakar et enrôlé de force dans l’armée en 1971. Depuis sa garnison, en Casamance, il est en contact avec des combattants du PAIGC, qui se battent pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert.

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Jeannot Ahoussou-Kouadio, président du Sénat, a officiellement rejoint le RHDP. © Issam Zejly pour JA

Désormais bicaméral, même si le Sénat n’est pas encore opérationnel, le Parlement est nettement dominé par la majorité. Au point de passer pour une chambre d’enregistrement ?

Vendredi 3 mai. À Sikensi, à 79 km d’Abidjan, Amadou Soumahoro participe à une « journée d’hommage et de soutien » des populations au président Ouattara. Le nouveau président de l’Assemblée nationale prononce un discours particulièrement élogieux à l’égard du chef de l’État.

Pour l’une de ses premières sorties publiques depuis son élection au perchoir, au début de mars, le président de la chambre basse semblait donner le ton d’une allégeance sans condition au chef de l’exécutif.


>> À LIRE – Côte d’Ivoire : Soumahoro et Soro, les éternels rivaux en duel pour la présidence de l’APF


Il est vrai qu’avec un nouveau bureau entièrement contrôlé par le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), dont le groupe compte désormais 148 députés sur 255, on est désormais bien loin des crispations telles que celles observées lors de la première législature


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Gnamien Konan, président de La Nouvelle Côte d’Ivoire et député de Botro. © Issam Zejly pour JA

Président de La Nouvelle Côte d’Ivoire et député de Botro, Gnamien Konan, qui a rompu fin 2016 avec le RHDP d'Alassane Ouattara, pourrait être candidat à la présidentielle de 2020. Il n'exclut pas de former un ticket avec l’ex-président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly.

Fondateur de l’Union pour la Côte d’Ivoire (UPCI), ex-­ministre de la Fonction publique (2012-2014 et 2016) et de l’Enseignement supérieur (2014-2016), Gnamien Konan, 65 ans, a rompu à la fin de 2016 avec le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), du président Alassane Ouattara, qu’il a soutenu en 2010 contre Laurent Gbagbo – sous la gouvernance duquel il a été directeur général des douanes (2001-2008).

Le député de Botro (Centre) dirige désormais La Nouvelle Côte d’Ivoire, mouvement qu’il a créé en février 2018 et dont il pourrait être le candidat à la présidentielle de 2020.

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«Côte d'Ivoire : effervescence générale à l'approche de la présidentielle de 2020»


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Depuis sa démission du poste de ministre guinéen de la Justice, révélée par JA, Cheick Sako s’impose un silence médiatique absolu ; Amadou Gon Coulibaly, Premier ministre ivoirien, et Hamed Bakayoko, ministre de la Défense, ont fait ensemble le petit pèlerinage à La Mecque... Chaque semaine, Jeune Afrique vous dévoile les coulisses du pouvoir. Plongée dans les secrets des chefs d'État et de leur premier cercle.

• Guinée : Cheick Sako fait la sourde oreille

Cheick Sako, désormais ex-ministre guinéen de la Justice, a présenté sa démission le 20 mai 2019. © DR / Capture d’écran YouTube

Depuis sa démission, révélée par JA, Cheick Sako s’impose un silence médiatique absolu

Après avoir reçu le 20 mai la lettre de démission de Cheick Sako, son ministre de la Justice, Alpha Condé a dépêché auprès de lui à Montpellier Amara Camara, l’ambassadeur de Guinée en France, afin de le convaincre de changer d’avis. En vain.

Dans son courrier, également adressé à Ibrahima Kassory Fofana, le Premier ministre, Sako justifie entre autres sa décision par son opposition à toute modification de la Constitution. Depuis sa démission, révélée par JA, il s’impose un silence médiatique absolu.

• Côte d’Ivoire : Gon Coulibaly et Bakayoko en duo à La Mecque

Amadou Gon Coulibaly (d.), Premier ministre ivoirien, et Hamed bakayoko, ministre de la Défense, à la Mecque ©

DR / Facebook Amadou
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Des milliers d'Algériens dans les rues d'Alger, mardi 2 avril, pour célébrer la démission du président Abdelaziz Bouteflika. © Toufik Doudou/AP/SIPA

Après plus d’une année de réduction drastique du nombre d’exemplaires de Jeune Afrique autorisés à la vente en Algérie (350 copies), le gouvernement va plus loin en censurant le numéro 3045 (19-25 mai) qui comportait une enquête consacrée à Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, intitulée : « L’homme qui menace la révolution ». Les Algériens réclament le changement, le système, lui, fait de la résistance...

Les dirigeants changent, les attentes des Algériens éclatent enfin au grand jour, mais le « système » fait de la résistance. En dépit de la démission d’Abdelaziz Bouteflika et de la mise au ban de ceux qui l’entouraient, en dépit des aspirations à plus de liberté, de démocratie et d’ouverture, les vieux réflexes ont décidément la vie dure.

Cela devient grotesque ! Depuis le 23 avril 2018, soit près d’un an avant la révolte populaire qui a secoué le pays, Jeune Afrique est absent des kiosques en Algérie. Lecteurs de longue ou récente date, citoyens lambda, acteurs politiques, opérateurs économiques, responsables d’institutions publiques ou privées, diplomates ou confrères, tous ne cessent de nous interroger sur les raisons de cette absence et sur sa durée. À l’origine, une décision unilatérale du gouvernement algérien, celui de l’ancien monde, en l’occurrence.

Fin mars 2018, notre distributeur sur place reçut une notification du ministère de la Communication lui enjoignant de ne plus importer JA ainsi que d’autres titres de Jeune Afrique Media Group (The Africa Report), ou proches de lui, comme La Revue (éditée par Béchir Ben Yahmed) ou Afrique Magazine (publié par Zyad Limam), qui fut jadis membre du groupe mais est aujourd’hui autonome. Seuls 350 exemplaires de JA étaient alors autorisés à franchir la frontière. Ils étaient destinés au gouvernement, à la présidence et à diverses institutions qui ne pouvaient apparemment pas se passer de la lecture de notre hebdomadaire. Allez comprendre !

Officiellement, il s’agissait de faire des économies en devises en supprimant la diffusion de la presse internationale. Une mesure d’austérité imposée, paraît-il, par la crise économique. Elle était censée concerner l’ensemble de nos confrères à travers le monde, mais, dans les faits, ne s’est jamais appliquée qu’à nous. Elle était censée n’être que temporaire, mais ce temporaire, hélas ! a tendance à s’éterniser.

Motif officieux

En creusant un peu, et même beaucoup, tant il est difficile dans ce pays d’obtenir la moindre information, nous avons découvert qu’il existait un motif officieux. En gros : JA serait trop négatif à l’égard de l’Algérie. Enfin, surtout de ses dirigeants… Et, bien sûr, trop indulgent avec le voisin marocain.

Pas de son, pas d’image. Rien.

Ce que le gouvernement oublie de dire, outre que nous exerçons notre métier de la manière la plus objective possible et que nous écrivons ce que nous pensons, c’est que nous nous efforçons, depuis de longues années, d’ouvrir nos colonnes aux dirigeants algériens afin de leur permettre d’exprimer leur point de vue.

Nous renonçons à compter les demandes d’interview adressées à des Premiers ministres, ministres des Affaires étrangères, responsables du Front de libération nationale (FLN) ou patrons d’entreprises publiques. Toutes sont restées sans réponse. Pas de son, pas d’image. Rien.

Depuis notre retour en Algérie, en 1998, après vingt-deux longues années d’interdiction – quand on vous dit que notre relation n’a jamais été un long fleuve tranquille ! –, près d’une dizaine de numéros de JA ont été interdits pour des motifs très divers. Les sujets des articles incriminés ? Le vote des généraux (2004), les relations algéro-marocaines (2005), l’affaire des caricatures du Prophète (2006), la chute du tycoon Rafik Abdelmoumen Khalifa (2007), sans oublier le malaise kabyle (2008) ou les rapports qu’Abdelaziz Bouteflika entretenait avec les femmes (2015). Ce dernier article n’avait naturellement rien à voir avec la manière sordide dont les tabloïds britanniques ou la presse people traitent habituellement ce genre de sujet. Il s’intéressait simplement à la vie de l’un des rares chefs d’État africain et/ou arabe à être resté célibataire.

Après la « révolution », nous étions en droit d’espérer que les choses allaient changer

Mais ça, c’était l’Algérie d’avant. Après la « révolution », nous étions en droit d’espérer que les choses allaient changer. Il n’en a rien été. Tout récemment, notre numéro 3045 (19 -25 mai), qui comportait une enquête sur Ahmed Gaïd Salah, un titre de couverture évoquant « L’homme qui menace la révolution » et un éditorial de l’auteur de ces lignes, certes peu amène à son endroit mais sincère et, avant tout, destiné à éclairer tous ceux qui se soucient de l’avenir de ce pays, n’a pas échappé aux foudres de la censure. Il n’est d’ailleurs même plus question de nos maigres 350 exemplaires autorisés, il s’agit d’une interdiction pure et simple. Notre distributeur local a de surcroît fait l’objet d’un « savon » administré, sur ordre, par le ministre de la Communication.

Le numéro de JA incriminé par les autorités algériennes. © Le numéro de JA incriminé par les autorités algériennes.

>>> À lire – Algérie : le général Gaïd Salah menace-t-il la révolution ?

Ce réflexe pavlovien est totalement incompréhensible à l’ère du digital et ubuesque pour tous les Algériens qui attendent autre chose de leurs dirigeants. Pour nous, c’est un véritable crève-cœur, le signe que tout ne change pas comme nous l’avions espéré. Que les fers aux pieds et les carcans psychologiques sont loin d’avoir disparu. Nous voulons croire que les autorités reviendront sur cette décision inique qui lèse avant tout les citoyens. En attendant, nous présentons à nos lecteurs algériens nos plus sincères excuses pour cette absence, fût-elle indépendante de notre volonté. Et nous les invitons à nous lire sur notre site ou sur notre application, ce qu’ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à faire.


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Manifestation hebdomadaire d'étudiants dans la capitale algérienne le 28 mai 2019 contre la présidentielle du 4 juillet et contre le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major devenu de facto le véritable homme fort du pays depuis la démission le 2 avril 2019 du président Abdelaziz Bouteflika. © RYAD KRAMDI/AFP

En dépit des nombreuses arrestations par la police, les manifestants affluent dans le centre d'Alger pour le quinzième vendredi de mobilisation. Objectif : dire « Non » au dialogue proposé par le chef de l'état-major de l'armée algérienne.

« Pas de dialogue avec le gang et le pouvoir », martelaient vendredi 31 mai les manifestants, qui désignent sous le terme d’« issaba » (« gang ») les dirigeants de l’appareil politique toujours en place, hérité de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission par la rue le 2 avril dernier.

En tout début d’après-midi, un millier de manifestants étaient déjà rassemblés près de la Grande Poste, devenu le point de ralliement des grandes manifestations hebdomadaires, depuis le premier vendredi de contestation le 22 février. Le gros de la foule est attendu après la fin de la prière.


>>> À LIRE – [Tribune] Algérie : un seul héros, le peuple


Massivement rejetée par les manifestants et sans candidat sérieux déclaré, la présidentielle prévue le 4 juillet apparaît de plus en plus compromise. Plus tôt cette semaine, le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, devenu le véritable détenteur du pouvoir depuis le départ d’Abdelaziz Bouteflika, a réclamé des « concessions mutuelles » dans le cadre d’un « dialogue » dont il n’a pas défini les formes.

« Ni dialogue ni élections »

Il n’a plus évoqué la date du 4 juillet, mais a continué de réclamer une présidentielle « dans les plus brefs délais ». Le Conseil constitutionnel doit se prononcer avant le 5 juin sur la validité des deux seuls dossiers de candidatures déposés pour la présidentielle. Mais il semble peu probable qu’ils remplissent les conditions requises, notamment les 600 parrainages d’élus ou les 60 000 d’électeurs.

Le scrutin n’a pour seul objectif que le maintien du « système » au pouvoir, estime le mouvement de contestation inédit, qui réclame au préalable le départ de tous les dirigeants actuels, dont le général Gaïd Salah, chef de l’armée depuis 2004. « Ni dialogue ni élections, mais une (Assemblée) constituante », peut-on lire sur une pancarte brandie par des manifestants.

Ce vendredi est le dernier du mois de jeûne musulman du ramadan, durant lequel la mobilisation n’aura pas faibli malgré la fatigue due au jeûne quotidien. Et les arrestations menées plus tôt dans la matinée, comme la semaine précédente, n’auront pas davantage découragé les manifestants.


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L'opposant Lazarus Chakwera s'apprête à voter, le 21 mai 2019, à Kasiya. © GIANLUIGI GUERCIA/AFP

L'opposant malawite Lazarus Chakwera, arrivé deuxième de la présidentielle, a annoncé vendredi rejeter « les résultats frauduleux » de l'élection remportée par le chef de l'État sortant Peter Mutharika, qui a déjà prêté serment.

« Moi, Lazarus Chakwera, rejette les résultats frauduleux de la MEC », la Commission électorale du Malawi, a déclaré le chef du parti du Congrès du Malawi (MCP) lors d’une conférence de presse à Lilongwe vendredi 31 mai. Il a affirmé qu’il allait demander à la justice « d’annuler » les résultats de la présidentielle du 21 mai. « Nous avons été les témoins non pas d’une élection mais d’un vol, d’un crime contre (…) notre démocratie », a-t-il dénoncé.

« Soit nous restons les bras croisés alors que notre pays est dirigé par des voleurs qui ont dérobé une élection et y voient un permis de voler nos impôts, soit nous pouvons nous lever et stopper cet État mafia une bonne fois pour toute », a-t-il estimé.

Utilisation suspecte de « blanc » à corriger

Peter Mutharika, au pouvoir depuis 2014, a obtenu 38,57% des suffrages, devant son principal rival Lazarus Chakwera, avec 35,41% des voix, selon les résultats de la commission électorale. Une réélection de justesse : moins de 160 000 voix séparent les deux hommes.

Avant l’annonce lundi des résultats, Peter Mutharika avait dénoncé des « irrégularités » lors du dépouillement, dont l’utilisation suspecte de « blanc » à corriger sur de nombreuses feuilles d’émargement.

Il avait saisi la justice, qui avait ordonné à la MEC de recompter tous les bulletins de vote dans un tiers des districts électoraux du pays. Après recompte, la Haute Cour de Lilongwe avait finalement autorisé lundi la publication des résultats, qui ont donné vainqueur Peter Mutharika.

Ce dernier a prêté serment mardi 28 mai. « Je tiens à féliciter les autres candidats qui ont participé à ces élections, mais ils doivent accepter qu’il y a seulement un vainqueur », avait-il alors affirmé.


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Djénéba N’Diaye, présidente du Mouvement des migrants pour la reconstruction du Mali © DAOU B. Emmanuel

Djénéba N’Diaye, seule femme candidate à la présidentielle de 2018 au Mali, compte désormais se présenter aux élections législatives de juin prochain, dans le cercle de Sikasso.

Seule femme candidate à la présidentielle de 2018 au Mali, Djénéba N’Diaye avait remporté 0,36 % des suffrages au premier tour, puis appelé à soutenir Ibrahim Boubacar Keïta au second.

Depuis, la présidente du Mouvement des migrants pour la reconstruction du Mali s’est engagée pour l’inclusion des femmes dans le processus de paix. Elle a notamment noué un partenariat avec la branche féminine de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et échange régulièrement avec les Kidaloises pour les encourager à s’engager en politique.

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Charles Blé Goudé à La Haye, le 28 janvier 2016. © Peter Dejong/AP/SIPA
Charles Blé Goudé, ex-chef des Jeunes Patriotes ivoiriens, accusé de crimes contre l'humanité puis acquitté en première instance par la Cour pénale internationale, assure ne pas vouloir être candidat à l'élection présidentielle de 2020 en Côte d'Ivoire, et espère un retour au pays de Laurent Gbagbo.
« Je ne suis candidat à rien en 2020 (la présidentielle ivoirienne de 2020). C’est un devoir de ramener la paix en Côte d’Ivoire. Voilà la campagne que je veux engager », a assuré Blé Goudé dans un entretien à l’AFP, sanglé dans une chemise pagne bleu ciel et coiffé d’un chapeau de cow-boy.
Charles Blé Goudé et l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, aussi accusé de crimes contre l’humanité avant d’être acquitté, ont été libérés sous condition le 1er février 2019. Ils ont l’obligation de résider dans un État membre de la Cour pénale internationale (CPI), en attendant un éventuel procès en appel. Gbagbo réside désormais à Bruxelles, mais Blé Goudé est toujours aux Pays-Bas, la Belgique et les autres pays ayant refusé d’accueillir l’ex-chef des Jeunes patriotes, après avoir accepté son mentor.

>>> À LIRE – Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé appelle à oublier toute « vengeance » ou « revanche »

Blé Goudé a le droit de s’exprimer publiquement, mais il a interdiction d’évoquer son dossier en cours. Il ne porte pas de bracelet électronique et peut recevoir des visiteurs. Il est surveillé et protégé par deux policiers en civil, très discrets dans un hôtel de la Haye. « La prison a été un professeur pour moi et je veux partager cette expérience pour dire qu’il faut prévenir les conflits. Je veux jouer ce rôle dans mon pays », assure-t-il.

Livres, cuisines et football

Durant ses cinq ans de prison à la Haye, il assure avoir reçu en cadeau un demi-million de livres et 200 DVD, et avoir fréquemment joué au football avec l’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba, acquitté après dix ans de détention. Il a aussi amélioré ses talents culinaires, en préparant souvent la sauce graine au riz, un plat très prisé en Côte d’Ivoire.
« Je veux rentrer (en Côte d’Ivoire) pour participer à la paix et à la reconstruction de mon pays, à la réconciliation », affirme-t-il. Surnommé le « général de la rue » pour sa capacité à mobiliser les partisans de l’ex-président ivoirien, Charles Blé Goudé est l’un des membres les plus controversés du clan Gbagbo. Les Jeunes patriotes, mouvement pro-Gbagbo extrêmement violent, critiquait souvent l’actuel président ivoirien Alassane Ouattara, la France et l’ONU.
Ses détracteurs et les ONG internationales le considèrent comme l’un de ceux qui avaient contribué à la montée de la tension en Côte d’Ivoire après l’arrivée au pouvoir de Gbagbo et l’émergence de la rébellion des Forces nouvelles occupant le Nord. Un climat anti-français et anti-médias avait été de plus en plus développé par le pouvoir et les Jeunes patriotes. Le correspondant de RFI Jean Hélène avait été tué par un policier en 2003, tandis qu’un autre journaliste, Guy-André Kieffer, est toujours porté disparu.
En novembre 2004, Blé Goudé avait lancé ses partisans à l’assaut des Blancs vivant à Abidjan, provoquant la fuite de milliers d’entre eux, évacués dans la précipitation par la France. Plus de 3 000 personnes avaient ensuite été tuées pendant la crise post-électorale, entre décembre 2010 et avril 2011. On lui attribue souvent le slogan « À chacun son Blanc », qui appelait à la chasse des étrangers blancs de peau, notamment les Français.

« Gbagbo a encore un rôle à jouer »

« J’ai été victime de propagande. J’ai demandé qu’on me produise un seul son qui n’ait jamais venu étayer cette propagande », répond-il aujourd’hui. Il rappelle ensuite qu’il a interdiction d’évoquer le dossier de la CPI. « Non ! Je ne suis pas un anti-français. (…) Il faut aujourd’hui une relation gagnant-gagnant dans les relations France-Afrique », ajoute-t-il.
Au sujet de ses rapports avec Laurent Gbagbo dont le parti, le FPI, est divisé en deux camps, Blé Goudé confie : « Il faut que le président Gbagbo retourne en Côte d’Ivoire. Son retour pourrait être salvateur pour la paix sociale en Côte d’Ivoire. C’est un rassembleur, je pense qu’il a encore un rôle à jouer en Côte d’Ivoire. »
On va droit dans le mur. Les facteurs qui ont conduit à la crise post-électorale en 2010 sont deux fois plus réunis aujourd’hui
Mais l’ex-chef des Patriotes est pessimiste quant à l’élection présidentielle de 2020. « On va droit dans le mur. Les facteurs qui ont conduit à la crise post-électorale en 2010 sont deux fois plus réunis. Le bloc qui est arrivé au pouvoir est aujourd’hui divisé en trois. L’aile militaire avec Guillaume Soro et l’aile politique avec Bédié. Ouattara est isolé. »
« De l’autre côté, l’opposition n’est pas homogène. Ce sont ces même problèmes (la fixation sur un fauteuil présidentiel) qui ont mené à la crise post-électorale de 2010 », estime-t-il.

« Je me veux un homme d’État »

Il propose que tous les « protagonistes au complet » initient « une campagne de paix » auprès des Ivoiriens. Blé Goudé se dit prêt au dialogue avec le régime qui l’a envoyé en prison. « Je me veux un homme d’État. (…) Je suis prêt à parler avec tout le monde, et je demande à mes partisans de le comprendre ainsi. Et au-delà de mes partisans, je demande aux Ivoiriens de le comprendre », affirme-t-il.

>>> À LIRE – [Analyse] Côte d’Ivoire : quand Blé Goudé joue sa propre carte

Démagogie ? « Comment peut-on tenir un discours démagogique, quand on a fait deux ans d’exil, 14 mois d’enfermement dans une cellule à la DST (en Côte d’Ivoire), seul, sans visite, pour finalement atterrir à la CPI pendant cinq ans ? Quand on sort de ces épreuves, on ne peut pas tenir un discours démagogique », jure-t-il.
Même s’il assure n’être candidat à rien, il avoue préparer le congrès prévu pour août en Côte d’Ivoire en vue de transformer son mouvement, le Cojep, en parti politique, capable de participer aux futurs scrutins, hormis la présidentielle de 2020.

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Un partisan du Social Democratic Front (SDF) lors de la campagne présidentielle. © ALEXIS HUGUET/AFP

Tous les partis d'opposition sont d'accord pour attaquer le pouvoir de front aux élections législatives de novembre prochain. Mais pas forcément à l'unisson...

Les incertitudes sont grandes à l’approche des prochaines législatives, attendues en novembre au Cameroun. Préoccupée par la crise anglophone et perturbée par le malaise ambiant qui plane depuis la présidentielle d’octobre 2018, la classe politique semble faire peu de cas de ce scrutin, qui avait été reporté en juillet de la même année.

Mais, à quelques mois de l’échéance, les préparatifs vont bon train. S’ils restent discrets, ils occupent une place de choix dans les agendas des différents partis.

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«Le Cameroun en équilibre instable avant les législatives»


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Fin mai, Jeannot Ahoussou-Kouadio a annoncé qu’il ralliait le parti unifié. © Issam Zejly pour JA

Depuis qu’il a décidé de faire cavalier seul en refusant d’intégrer le parti unifié, le PDCI a perdu plusieurs de ses hauts cadres, dont certains avaient des visées présidentielles.

C’est notamment le cas du vice-président, Daniel Kablan Duncan, du secrétaire général de la présidence, Patrick Achi, ou encore des ministres Alain-Richard Donwahi et Jean-Claude Kouassi. Ils seront bientôt rejoints par Jeannot Ahoussou-Kouadio (68 ans), une figure du pays baoulé.

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Une rue dans le centre de Niamey, en septembre 2011 (photo d'illustration). © Tagaza Djibo/AP/SIPA

Un millier de personnes ont manifesté samedi à Niamey contre la présence au Niger des bases militaires françaises et américaines, accusées d'inertie face aux attaques jihadistes meurtrières.

Au rythme de musiques locales dédiées à l’armée nigérienne, les protestataires ont sillonné les rues aux cris de: « Vive le Niger, vive l’armée nigérienne » avant de tenir un meeting devant le parlement.

« À bas les bases militaires étrangères », « À bas l’armée française », « À bas l’armée américaine », « À bas les jihadistes et Boko Haram », ont scandé les manifestants, essentiellement des étudiants, des lycéens et des collégiens, qui répondaient à l’appel du l’Union des scolaires nigériens (USN), leur syndicat.

Sur des pancartes on pouvait aussi lire: « Non à la sous-traitance de notre souveraineté nationale », « Notre territoire est indépendant depuis le 3 août 1960 ».

« Nous ne voyons pas la plus-value de la présence de ces bases militaires étrangères parce que chaque jour que dieu fait, notre pays est victime d’attaques », a déclaré Idder Algabid, le dirigeant de l’USN. Ces attaques pourraient être évitées si toutefois il y avait « une franche collaboration et un soutien extérieur » des armées étrangères.

La manifestation « autorisée par la mairie de Niamey », selon lui, vise « à soutenir nos Forces de défense et de sécurité (FDS) victimes d’attaques répétées, enregistrant des morts et des blessés ».

Le dirigeant estudiantin a « exigé du gouvernement la dotation en moyens suffisants et adéquats des FDS afin de garantir la sécurité du pays et sa souveraineté nationale ».

Vendredi, il avait demandé « le départ pur et simple de ces bases militaires qui ne sont ici que pour obstruer notre souveraineté nationale ».

Le 17 mai, le groupe État islamique a revendiqué une attaque perpétrée dans l’Ouest, ayant tué 28 soldats et un assaut – infructueux – contre une prison de haute sécurité proche de la capitale, où sont détenus de nombreux jihadistes.

Coopération renforcée

Niamey, qui combat aussi le groupe jihadiste nigérian Boko Haram dans le Sud, a toujours justifié la présence des forces américaines et françaises sur son sol par la nécessité de « sécuriser les frontières » contre des infiltrations de groupes jihadistes venant du Mali voisin.

« Sans les renseignements que nous donnent les pays comme la France, nous sommes un peu aveugles », avait affirmé en 2014 le président nigérien Mahamadou Issoufou.

« Les terroristes tentent de reprendre pied au Niger, ce que nous n’accepterons pas. Nous nous battrons pour qu?ils ne s’installent pas au Niger », a déclaré la semaine passée le ministre nigérien de la Défense, Kalla Moutari.

Vendredi, Kalla Moutari a visité la base aérienne de la force française Barkhane à Niamey. « (…) Nous avons parlé des moyens de renforcer cette coopération (militaire) opérationnelle » entre le Niger et la France, a commenté l’ambassadeur de France au Niger, Alexandre Garcia.

Au Niger, la France possède une base sur l’aéroport de Niamey à partir de laquelle des avions de chasse et des drones – non armés – opèrent. Dans le cadre de l’opération Barkhane, les forces françaises disposent aussi d’une base à Madama, dans le Nord.

Le Niger a également permis la construction d’une importante base américaine de drones à Agadez (nord), dont le coût est estimé à une centaine de millions de dollars, et qui donne aux Etats-Unis une plate-forme de surveillance de premier plan.

Le Niger a récemment autorisé les Américains à armer leur drones. L’Allemagne dispose d’une base logistique à Niamey pour ravitailler ses troupes engagées au Mali voisin.


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Roch Marc Christian Kaboré, le président burkinabè, avec Xi Jiping, président chinois. © Roman Pilipey/Pool via REUTERS

Construire un hôpital ou préserver une forêt classée ? La question suscite une vive polémique au Burkina Faso. En cause, le projet de construction par la Chine d'un vaste centre hospitalier universitaire au cœur de la forêt classée de Kua, près de Bobo Dioulasso, dans le cadre de la coopération bilatérale.

Le geste est symbolique. Jeudi 23 mai, à quelques kilomètres de Bobo Dioulasso, des agents des services des Eaux et Forêts ont déterré les bornes délimitant 16 hectares découpés en plein cœur de la forêt classée de Kua. En lieu et place de ces bornes, ils ont planté des arbres. À l’origine de cette manifestation de colère des forestiers de la région des Hauts-Bassins et des cascades, un projet de la coopération entre le Burkina Faso et la Chine engagé après le rétablissement de leurs relations diplomatiques, en mai 2018. La Chine a alors promis de financer entièrement la construction d’un centre hospitalier universitaire (CHU) à Bobo Dioulasso, sous la forme d’un don estimé à 60 milliards de francs CFA [91,5 millions d’euros].

Feu aux poudres

Si tous les acteurs sont unanimes sur le caractère salutaire de l’initiative, destinée à améliorer l’accès aux soins dans cette région, le choix de l’emplacement de l’hôpital, dans un pays qui perd chaque année 4% de son massif forestier, a mis le feu aux poudres. Et la décision du conseil municipal de Bobo Dioulasso, le 19 avril dernier, de déclasser une partie de la forêt de Kua a fédéré les opposants au projet.

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